mardi 30 septembre 2014

L'article qui dit Oups...

Est-ce que j'ose?? Ce week-end, j'ai été lâchée dans la nature avec un carnet de chèques-lire et la ferme intention de compléter ma liste de pays pour le Tour du monde (mais si, ça avance aussi côté lecture, + 2 pays en septembre !). Le résultat fait un peu mal à la PAL, je crois qu'on peut le dire ! Ceci dit, à une exception près, je me suis tenue à ma "résolution" de ne prendre que des livres de nouveaux pays... Voici donc les prochaines escales :

Mali
Cameroun
République Tchèque
Bulgarie
Estonie
Sénégal
Corée du Sud
Guinée
Côte d'Ivoire
Ethiopie
Serbie

Pour ce qui est des livres africains, j'ai été frappée par une chose, dans les rayonnages : le grand nombre d'auteurEs ! Les femmes sont très représentées dans la littérature africaine, en tout cas dans ce qui arrive en France, limite mieux qu'en France. (En tout cas, c'est l'impression que j'ai eue en fouinant.)

Et la presque exception à la limite que je m'étais fixée... je dis presque, parce qu'il a été écrit en Catalan et que je n'ai encore pas lu de livres rédigés dans cette langue (enfin, je le lis en français, mais vous m'avez comprise) donc ça pourrait presque compter (mais si !). Je l'ai pris parce que j'en ai entendu beaucoup de bien chez les copines blogueuses :


La bonne distance - Eve Chambrot

Le livre du jour est un peu différent : c'est un roman épistolaire, genre que j'aime beaucoup et que je trouve trop rare. Il m'a été offert par la maison d'édition Volume, que je remercie ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre au début, mais je me suis vite prise au jeu !


L'histoire
Qui n’a jamais rêvé de rencontrer « en vrai » une personnalité par-dessus tout admirée ? C’est ce qu’entreprend de faire la narratrice, en tentant d’établir une correspondance avec un auteur majeur de la littérature contemporaine. Dans un premier temps l’écrivain se dérobe puis un jour, le miracle a lieu : il répond. Au fil des lettres envoyées comme des bouteilles à la mer se dessinent le portrait en creux de l’écrivain « Goncourisé » et l’esquisse d’une étrange relation. Fantasme et réalité tissent ensemble une trame bien difficile à démêler.

Mon avis

Un très court roman que je qualifierai d'OVNI. C'est d'un roman épistolaire, mais on ne lit que les lettres de la "fan", pas celles de l'auteur (d'ailleurs, j'étais très curieuse, j'aurais bien aimé lire certaines de ses réponses...). Un exercice de style très original. Je ne dirai pas de quel auteur il s'agit, puisqu'on ne l'apprend qu'à mi-parcours. Je dirai juste que c'est un auteur très connu, mais que je n'ai (encore) jamais lu (j'avoue que ma curiosité est éveillée, cependant !).

J'ai trouvé ce livre très intime... ça a beau être de la fiction (enfin, je crois :) ), je me suis très vite prise au jeu et j'étais presque gênée de lire ces lettres, j'avais l'impression de lire un journal intime (d'ailleurs, je crois que l'auteure emploie ce mot à un moment). Par moment, je me disais : mais enfin, pourquoi tu vas lui raconter tout ça ? Oui, c'est le genre de bouquins qui vous poussent à réagir, à parler au personnage, j'aime beaucoup cet aspect.

J'ai beaucoup aimé le style, léger, enlevé, mais quand même recherché... Et surtout, j'y ai cru, l'espace d'un instant, à cette fiction, alors qu'au début, je n'étais pas sûre d'arriver à me laisser embarquer dans l'histoire, c'est donc une belle réussite.

Comme le roman est très court, je l'ai lu d'une traite, curieuse de voir comment la relation allait évoluer, surtout à partir du moment où l'auteur répond. En revanche, j'ai été très déçue par la fin, qui m'a semblé tirée par les cheveux, voire incohérente avec tout le reste. Je n'ai pas compris ce choix...

En bref, un livre qui détonne et qui étonne, une jolie histoire très intime !

Idée 11 : lunettes

lundi 29 septembre 2014

Un mariage de raison - Michel David (Mensonges sur le plateau Mont-Royal #1)

J'étais à la recherche d'un roman québécois pour Québec en septembre, et je suis tombée un peu par hasard sur celui-ci. Ca tombait bien, ça faisait un moment que j'avais envie de me plonger dans une "fresque", une saga familiale...


A noter que c'est un tome 1, le tome 2 étant La biscuiterie. C'est vraiment une histoire qui s'étale sur deux tomes, pas deux histoires différentes, il est donc préférable de lire les deux (le tome 2 est donc en attente).

L'histoire
Montréal, 1946. Jean Bélanger, qui termine son cours classique, et Reine Talbot, fille du propriétaire d’une biscuiterie, se fréquentent depuis quelque temps. Leur passion mutuelle et la fougue de leur jeunesse mènent à des rapprochements charnels, pourtant proscrits par l’Église avant le mariage !
Alors que leur amour vacille, Jean rencontre une nouvelle flamme. Mais quelques jours plus tard, Reine lui annonce qu’elle est enceinte, une révélation qui va bouleverser leur vie. Les deux familles, que tout semble opposer, vont se démener pour éviter le scandale et sauvegarder leur réputation. 
Mon avis

Un coup de coeur ! Dès les premières pages, ce livre m'a captivée, à tel point que j'ai lu les 3 derniers quarts en une après-midi (en terrasse par grand beau temps, on a vu plus malheureuse) ! Ce que j'ai aimé avant tout, c'est le style : le rythme de l'histoire est assez lent, mais c'est écrit d'une telle façon que l'auteur nous dit "Prends ton temps, pour lire, on n'est pas pressés." et j'ai réussi à adapter mon rythme à l'histoire, ce que je n'arrive pas toujours à faire !

L'histoire est écrite en québécois, que ce soit les dialogues ou les expressions, les descriptions... c'est la première fois que je lisais un livre comme ça et je dois avouer que j'ai beaucoup aimé l'expérience. J'ai trouvé que ça changeait énormément le rythme de l'histoire, ce qui était très agréable !

Autre grosse qualité de ce livre : il fait réagir, ses personnages sont attachants (enfin, pas tous :) ), le livre fait rire, parfois criser et brailler après certains personnages. L'auteur ne se gène pas pour se foutre joyeusement des français, avec un personnage "Français de France" qui porte tous les clichés du monde sur ses frêles épaules... mais on ne vous en veut pas !


Au-delà de ça, le livre est intéressant pour le fond : il dépeint la vie au Québec juste après la Seconde Guerre mondiale, et les aspects qui m'ont le plus marquée étaient la religion (qu'est-ce que ça avait l'air compliqué à cette époque-là !) avec une famille très pratiquante, mais aussi la place des femmes : - Comment, elle veut continuer à travailler après son mariage, mais ça ne se fait pas enfin !!! (euhhhh, guys, franchement !).

En bref : une superbe fresque bien écrite, des personnages attachants et un contexte culturel entièrement nouveau pour moi : une très belle découverte !

Commonwealth - Canada

Québec en septembre
Idée 78 : Quelque chose de froid
Joker : se passe dans les années 1940.

vendredi 26 septembre 2014

L.E.A. - Sandrine Bataille Vandoorne

Le livre du jour m'a été gentiment offert par Sandrine, que je remercie. L'occasion pour moi de sortir un peu de ma "zone de confort" et de changer de registre.


L'histoire
4025, Nouvelle Terre.
L'ancienne Terre a été détruite par les défauts des hommes, et certains ont été triés sur le volet pour coloniser une nouvelle Terre. Afin de préserver un monde utopique, chaque continent ignore l'existence des autres grâce à des frontières magiques et au sein d'un continent, tout le monde se ressemble. Les hommes n'ont que des pensées positives grâce à l'existence des rêveurs. Jusqu'au jour où une faille apparaît qui permet aux Ténèbres de refaire surface. Sur le Continent Dasure, les rêveurs et les hommes d'église disparaissent, laissant aux hommes un avenir morose et uniquement axé sur le travail... C'est dans cette ambiance que naît L.E.A. Manifestement, c'est une rêveuse. Aidée de son ami Thomas et de créatures magiques, elle découvre qu'elle a des pouvoirs et qu'elle va devoir affronter Noctades, le démon qui a déséquilibré leur monde.
Mon avis


Une jolie découverte que je qualifierais de "dystopie fantastique pour la jeunesse". Le style est frais et fluide, ça se lit tout seul et c'est très agréable. C'est notamment pour ça que je considère ce livre comme un ouvrage Jeunesse, je trouve qu'il s'adresserait très bien à des ados/jeunes adultes.

Au début, j'avais un peu peur, car dans cette dystopie, la religion joue un certain rôle... Or, j'ai tendance à freiner des quatre fers, car les prosélytes m'agacent. Heureusement, j'ai trouvé qu'elle était bien exploitée, il s'agit plutôt de reprendre les valeurs des religions que leur dogme. Et du coup, ça donne une touche d'originalité par rapport aux dystopies habituelles, dans lesquelles la religion a peu de place (voire aucune). Bien vu !

Très appréciable aussi, le fait qu'on ait une héroÏNE. Ça arrive tellement peu souvent que ça fait plaisir ! J'ai aimé les thèmes abordés : l'importance de la différence, de pouvoir être d'accord... mais aussi l'écologie. C'est aussi un appel au rêve et à l'imagination... que des choses précieuses qu'on perd parfois de vue en grandissant !

Seul petit reproche, j'ai trouvé la fin un peu rapide, "bâclée", ce qui est dommage, car l'auteure avait vraiment pris le temps de mettre en place son monde et son idée de base laissait vraiment de la place à beaucoup d'intrigues ! 

Quoi qu'il en soit, une sympathique découverte et de belles idées.
Un livre de jeunesse
Idée 45 : un animal

lundi 22 septembre 2014

Petit marathon livresque : Time To Read

Aujourd'hui, je veux vous parler, pour changer, d'un nouvel événement livresque, organisé par deux blogueurs, Guillaume de Tribulations d'une vie et Kévin de Palace of books... Le but de Time To Read est de se réunir virtuellement un week-end par mois pour lire "en communion", peut-être un peu plus que d'habitude, parce qu'on est motivés par le groupe, et discuter à chaud.


J'aimais cette idée de club de lecture géant et j'ai décidé de participer, pendant une partie du week-end seulement, parce que j'avais d'autres choses de prévues (c'est terrible, d'avoir une vie, parfois).

C'est sur Facebook que ça se passe ! Ce mois-ci, j'ai pu rejoindre le groupe de lecture vendredi soir et dimanche, en début d'après-midi.

J'en ai profité pour finir un livre commencé en début de semaine :

Clic
Avancer une lecture en cours (depuis trop longtemps, j'abuse) :


Et lire la moitié de mon livre écossais du mois :

Je crois que j'ai été assez éclectique pour le coup !!!

Malheureusement, je ne pourrai pas en être le mois prochain (que m'arrive-t-il, je sais déjà ce que je vais faire dans un mois ??? Ca ne me ressemble pas.), mais j'espère vous y retrouver nombreux en novembre !

dimanche 21 septembre 2014

Le Diable s'habille en Voltaire - Frédéric Lenormand

Voici un petit livre "détente" que j'avais choisi pour couper la routine et lire quelque chose d'un peu différent...


Avant de commencer ma chronique, je tiens à dire que j'ai payé ce livre et que j'ai donc droit à mon opinion... pourquoi cette remarque étrange ? C'est dans les commentaires que ça se passe. Indépendamment de mon opinion sur cette lecture, l'honnêteté me forçait à partager cette situation qu'a vécue Alice, par principe et par solidarité (et surtout quand on prend Voltaire pour héros de son roman).

L'histoire
Voltaire peine à faire publier ses Lettres philosophiques. C'est alors que le père Pollet, confesseur du Cardinal de Fleury, lui demande de mener l'enquête sur un meurtre commis dans son abbaye. Il semblerait qu'il ait été perpétré par le diable en personne ! Tout en essayant de faire jouer sa dernière pièce à la Comédie française, et aidé de sa maîtresse, la marquise du Châtelet, Voltaire met son rationalisme à profit pour démêler cette affaire. Il traque donc un mystérieux homme aux pieds de bouc et un tout aussi mystérieux jupon à travers tout Paris, avant de comprendre le fin mot de l'histoire.

Mon avis


Je me suis beaucoup amusée à lire ce livre. L'intrigue policière passe au second plan et sert de prétexte à un formidable exercice de style... J'ai trouvé ça très bien écrit, j'ai beaucoup ri, c'est un style ciselé, comme de la dentelle. Les répliques fusent à tout va, c'est le bouquin parfait pour se détendre, se vider la tête, passer un excellent moment.

J'aime beaucoup Voltaire (et pas parce que grâce à lui, j'avais eu 18 au bac de français :) ) et j'étais ravie de le retrouver, (même si c'est de la fiction, je sais !), je pouvais très bien m'imaginer le personnage dire des choses comme ça.

Petit extrait (cliquer pour agrandir l'image) :


Idée 55 : quelqu'un qu'on aime
Thrillers et polars

jeudi 18 septembre 2014

Happy birthday to you, Challenge XIXème siècle !

Voici un challenge que je suis depuis a bien longtemps déjà (depuis les premiers pas de ce blog, je dirais !), et voilà qu'il fête son premier anniversaire cette semaine ! Grâce à l'enthousiasme des foules en délire, il a été reconduit, il n'est donc pas trop tard si vous aviez raté la saison 1 ! C'est quand même l'occasion de dire un grand merci à Fanny du Manoir aux livres... et de faire un peu le point !


En un an, j'ai donc lu 13 livres écrits au XIXè ou qui se passaient à cette époque (+ une série...). Je dois dire que pour moi, c'est un chiffre un peu faible, vu que j'aime beaucoup cette période... j'avais pourtant démarré fort, mais voilà, ensuite se sont rajoutés d'autres challenges plus contemporains (le challenge XXe siècle, notamment) et on ne peut pas être partout (même si on essaie). Mais j'ai quand même fait de très belles découvertes :

Si je dois n'en garder qu'un, je pense que je vous conseillerai Le Dieu de New York, gros coup de coeur !


Bien entendu, je me réinscris avec grand plaisir pour l'an prochain, et je vais essayer de faire mieux (mais qu'est-il advenu de mon projet de lire tous les Rougon Macquart dans l'ordre ?) !

lundi 15 septembre 2014

Hawthorn and Child - Keith Ridgway

Oyez oyez, c'est l'heure de l'Irlandais du mois : Keith Ridgway. Encore un auteur parfaitement inconnu au bataillon pour moi avant ce mois-ci ! Sauf erreur de ma part, je crois que ce livre n'a pas encore été traduit en français (et franchement, on se demande POURQUOI !)


L'histoire
Hawthorn et Child sont deux flics londoniens. Ils sont la trame du livre, les différents chapitres présentant des situations dans lesquelles ils interviennent. Parfois, ils sont juste brièvement mentionnés par ce qu'ils sont en train de prendre un café là-bas derrière, parfois, ils ont vraiment la parole... Au fil des chapitres, ils sont confrontés à toutes sortes de cas, d'un éditeur qui cherche à mettre la main sur le manuscrit d'un défunt à un type qui est blessé par un coup de feu... C'est un peu un kaléidoscope, une superposition d'histoires, dont une bonne partie sont des rêves. En fait, on pourrait pratiquement le prendre comme un recueil de nouvelles. (Le résumé est de moi, ou comment résumer un machin irrésumable.)
Mon avis

Ce roman suit une recette très simple : Prenez une bonne dose de LSD/champignons hallucinogènes /sushis mal conditionnés, écrivez des chapitres qui n'ont RIEN à voir les uns avec les autres et dans lesquels ils se passent des trucs psychédéliques et sans intérêt, mettez le tout dans une grosse boîte, secouez bien fort, tirez au sort et voilà, vous avez votre livre...

Au tiers du bouquin, je me suis dit que c'était un concept comme un autre, les liens allaient bientôt se faire. A la moitié, ma foi a commencé à vaciller et aux deux tiers, là j'ai perdu espoir. Mais pour le coup, la couverture illustre bien le "sansqueuenitêtage" du livre.

Le sous-titre est A set of misunderstandings : un ensemble de malentendus. Je crois que c'est tout à fait ça. Un truc à la Matisse : Ceci n'est pas un roman. ou Ceci n'est pas un roman policier. Enfin et surtout, Ceci est un gros foutage de gueule, j'ai franchement l'impression d'avoir perdu mon temps !

Le seul truc bien du livre, c'est qu'il fait environ 280 pages, mais qu'arrivée à la page 240 environ, le livre s'arrête et on a un petit supplément, une annexe, je ne sais pas trop quoi, visiblement de la même eau (parce qu'on n'en avait pas encore eu assez, je suppose). Autant dire que je me suis empressée de lâcher l'affaire !

A la fin du livre, MÊME les personnages ne savent plus de quoi on parle, c'est vous dire que moi, j'avais renoncé depuis longtemps. C'est très frustrant, sans intérêt, pénible à lire, enfin bref, je m'arrête là.

Idée 24 : morceau de fruit
Thrillers et polars
Une étape de mon tour du monde
Septembre : Keith Ridgway

mercredi 10 septembre 2014

Chassé-croisé ! Billet invité # 1 : Charles Demassieux nous parle d'Orange mécanique

Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je me fais toute petite, je me cache dans un coin et j'accueille le premier post invité (et la première participation tout court) de mon challenge chassé-croisé ! C'est l'auteur Charles Demassieux, dont je vous avais déjà parlé (clic), qui s'y colle et nous parle d'Orange mécanique ! Merci beaucoup à lui ! (J'ai rajouté les illustrations au texte...)

Orange mécanique

Le cinéaste espagnol Luis Buñuel déclara, à propos de Belle de Jour, qu’il avait essayé de réaliser un bon film à partir d’un mauvais livre. Je ne partage évidemment pas cette affirmation, considérant que le roman de Kessel est excellent, le film de Buñuel étant cependant une adaptation qui l’égale. 


La plupart du temps, il n’en est rien : l’œuvre écrite est meilleure que l’œuvre filmée. Quelquefois même, le réalisateur eût mieux fait d’entretenir son potager plutôt que de nous infliger sa « vision » d’un livre auquel on est en droit de se demander s’il l’a compris. Ce fut, par exemple, une souffrance de subir l’adaptation-massacre du Comte de Monte-Cristo régurgité par madame Dayan !

Mais parfois, force est de reconnaître que le film dépasse le livre. Je choisirai l’exemple de L’Orange mécanique, roman d’anticipation d’Anthony Burgess. Le récit de Burgess est certes une remarquable analyse du jusqu’auboutisme de la violence dans nos sociétés occidentales, en plus d’offrir une vision très réaliste de ce qui se produirait quelques décennies plus tard, rattrapant ainsi la fiction. Sa trouvaille d’un argot spécifique – le Nadsat – est d’ailleurs prophétique, puisque de nos jours les gangs utilisent précisément un métalangage pour communiquer. Mais s’il va très loin dans la représentation de cette violence, l’auteur ne parvient pas – ce n’est que mon avis ! – à égaler le film de Stanley Kubrick.


Là où s’arrête Burgess, en choisissant de redonner une conscience morale à son personnage principal Alex, Kubrick pousse la logique destructrice de ce dernier à son paroxysme : Alex reste un prédateur, et ce n’est que par une contrainte extérieure à lui qu’il en est empêché, pas par sa conscience. Kubrick esthétise son personnage à outrance, le rendant aussi fascinant que terrible jusque sur l’affiche originale du film, sans doute l’une des plus célèbres de l’histoire du cinéma. Pire, il use fréquemment du ressort comique, voire burlesque, pour ce qui relève de la simple horreur. 


Le réalisateur n’apporte pas de jugement moral aussi marqué que le roman, se contentant d’un constat fataliste, incarné par la dernière scène du film, où il démasque le pouvoir politique qui semble dire ceci : « Troublez l’ordre public tant que vous voudrez, Alex, mais ne dérangez pas le pouvoir en place. » Parce que pour Kubrick, il n’y a pas de rédemption possible : ce monde est voué à la violence, individuelle ou d’Etat, et ne peut s’en dépêtrer. Kubrick réussira si bien son coup qu’il devra se justifier sur ses intentions après que des « fans » imiteront son antihéros. Le film écopera, au fil des années, d’une réputation sulfureuse qui en fera un mythe. 

Quant à la forme : le livre de Burgess a du talent là où le film de Kubrick a du génie !

Charles Demassieux

lundi 8 septembre 2014

Jimmy's Hall - Ken Loach

Aujourd'hui, pour changer un peu, je vais vous parler d'un film ! Et vu que je rame furieusement dans ma lecture irlandaise du mois, ça sera un film qui parle de l'Irlande, comme ça, ça compense !


L'histoire
1932 - Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s'occuper de la ferme familiale.
L'Irlande qu'il retrouve, une dizaine d'années après la guerre civile, s'est dotée d'un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…
Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l'Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le "Hall", un foyer ouvert à tous où l'on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l'influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

Mon avis

De ce film, j'avais entendu vraiment tout et n'importe quoi... comme à chaque fois que Ken Loach sort un film. Ôtez-moi d'un doute, ou est-ce de bon ton, quand on se prétend intellectuel, de détester ses films ? J'avais découvert Ken Loach avec Just a Kiss, qui a été (et reste) je crois la plus grosse claque émotionnelle de ma vie de cinéphile... je pars donc généralement avec un a priori très positif quand il s'agit de lui ! 


Ici, le sujet était différent. Plus léger que le Vent se lève (pas dur), ça n'en est pas pour autant une promenade paisible dans les tourbières... J'ai beaucoup aimé l'approche du film : la musique et la danse pour traiter du sujet de fond qu'est la période post indépendance, la façon dont l'Etat irlandais et l'Eglise essayent de "tenir" la population... Le personnage du curé est particulièrement gratiné... cet homme qui vit aisément et fait tout pour retirer la moindre initiative des "pauvres" gens au chômage pour s'amuser un peu et s'élever... particulièrement révoltant, et c'était impressionnant de voir la place de l'Eglise à l'époque dans le pays, le poids qu'elle avait dans toutes les décisions... La scène où le curé lit la liste de toutes les personnes qui ont été vues au dancing est particulièrement marquante.

J'ai donc beaucoup aimé ce film, que j'ai regardé en VO, je trouve que c'est mieux pour l'ambiance (même si pour être honnête, le premier quart d'heure a été folklorique, rapport à l'accent !). J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire, pour le côté historique comme pour ses personnages, tout en pudeur et en non-dits... Les flash-backs, qui nous éclairent, sont bien utilisés. Très bonne idée aussi, le fait de choisir des acteurs pas du tout connus, je pense que ça aide à s'identifier, ça rend le tout plus réaliste.

Ce film est émouvant et révoltant, il nous éclaire très bien sur cette période dont on parle moins, je trouve, que d'autres, à croire qu'une fois l'Irlande indépendante, tout était bien, tout était beau... Et il m'a beaucoup fait réagir (pratiquement impossible de rester tranquille dans mon siège face à la connerie pontifiante du curé, quand je vous dis que ce personnage m'a marquée !), et c'est quelque chose qui se fait assez rare, je trouve, les films qui ne laissent pas indifférents. J'ai juste regretté qu'il n'y ait pas un peu plus de danses !

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